Un matin, je me suis posé une question que je ne m’étais jamais vraiment posée : au fond, je suis capable de quoi ?
Pas en termes généraux. Sur un sujet précis : mes usages de l’IA dans mon activité. Depuis plusieurs mois, je l’utilise quotidiennement, je bidouille, j’automatise, je teste. Mais si quelqu’un m’avait demandé « tu en es où, concrètement ? », j’aurais été bien en peine de répondre clairement.
Alors j’ai décidé de faire le point. Et j’ai été surprise.
On apprend en faisant. Mais apprendre ne suffit pas.
Lorsqu’on travaille on n’a pas toujours le luxe de se former tranquillement, avec un programme, des objectifs et une évaluation finale. On apprend sur le tas, dans l’urgence, entre deux activités importantes et urgentes. On essaie quelque chose, ça marche ou pas, on passe à la suite.
C’est souvent efficace. Mais ça a un angle mort.
Sans moment pour s’arrêter et regarder ce qu’on a construit, les compétences acquises restent floues. On les utilise, oui, mais on ne sait pas vraiment les nommer, ni les expliquer à quelqu’un d’autre, ni les transférer à un autre contexte. Elles existent, quelque part, mais elles ne sont pas disponibles pleinement.
Les pédagogues appellent ça la phase réflexive. Ce moment où on prend du recul sur ce qu’on a fait pour en extraire quelque chose de solide. Ce n’est pas du temps perdu. C’est ce qui transforme une expérience en compétence réelle.
En usine, on connaît ça sous une autre forme : le retour d’expérience après un chantier, le débriefing après une panne. On ne repart pas sans avoir compris ce qui s’est passé. Mais sur nos propres apprentissages, on oublie souvent de faire ce travail-là.
Ce que j’ai découvert en faisant le point
Ce matin-là, j’ai utilisé l’IA pour m’aider à structurer ce bilan. Je lui ai demandé de construire un questionnaire rapide pour évaluer mes compétences réelles sur mes usages de l’IA.
Une des questions portait sur l’automatisation. Ma réponse spontanée aurait été « pas vraiment, j’ai encore plein de choses à apprendre. » Et puis j’ai réfléchi. J’avais configuré des flux Gmail avec Google Workspace Studio. Créé des extensions WordPress fonctionnelles avec l’aide de l’IA. Mis en place des déclencheurs automatiques sur plusieurs outils. Ce n’était pas rien.
Je savais faire plus que je ne croyais.
Mais j’ai aussi découvert quelque chose d’autre : mes vrais freins n’étaient pas là où je pensais. Ce n’était pas un problème de compétences. C’était que je n’avais pas encore transformé ce que je faisais en quelque chose de nommable, de montrable. Les compétences existaient. Le récit, non.
Cette clarté, je l’ai obtenue en une conversation, un matin. Non pas parce que l’IA est magique, mais parce que j’avais enfin pris le temps de regarder ce que j’avais construit.
Et vous, quand avez-vous fait ce point pour la dernière fois ?
La question vaut bien au-delà de l’IA. Elle vaut pour le dirigeant qui manage depuis quinze ans et n’a jamais formalisé ce qu’il sait vraiment faire avec les gens. Pour le manager promu depuis deux ans qui a beaucoup appris mais ne saurait pas dire quoi, exactement. Pour n’importe qui qui avance en faisant, sans jamais s’arrêter pour regarder le chemin parcouru.
Ce n’est pas une question d’ego. C’est une question d’efficacité. Savoir ce qu’on sait faire, c’est ce qui permet de choisir par où commencer, de déléguer au bon endroit, de ne pas réapprendre ce qu’on sait déjà.
Vingt minutes suffisent, souvent. Pas besoin d’un bilan de compétences formel. Juste quelques questions bien posées, et l’honnêteté de répondre vraiment.
Faites le point : 8 questions pour savoir où vous en êtes
Cet encadré a été construit avec l’aide de Claude (l’IA d’Anthropic) lors de la session de travail décrite dans cet article. Je le partage tel quel, parce qu’il m’a été utile.
Les questions ci-dessous portent sur vos usages de l’IA, mais vous pouvez les adapter.
- Est-ce que vous utilisez l’IA de façon structurée, ou plutôt au fil de l’eau, selon les besoins ?
- Avez-vous déjà guidé quelqu’un d’autre sur un usage de l’IA, même informellement ?
- Avez-vous mis en place des automatisations qui tournent sans vous, en production ?
- Utilisez-vous l’IA pour des tâches opérationnelles régulières (rédaction, mise en forme, analyse) ?
- Avez-vous déjà utilisé l’IA pour structurer votre pensée sur un problème complexe, pas juste pour produire un document ?
- Sauriez-vous expliquer à un pair ce que vous faites avec l’IA et pourquoi ça vous est utile ?
- Est-ce que vous savez identifier ce que vous ne savez pas encore faire, et ce que vous voulez apprendre en priorité ?
- Quel est votre principal frein aujourd’hui : les compétences techniques, le temps, le fait de ne pas savoir par où commencer, ou la difficulté à percevoir ce que ça vous apporterait concrètement ?
Il n’y a pas de score. Ces questions donnent un miroir, pas une note. L’essentiel n’est pas le niveau où vous êtes aujourd’hui. C’est de savoir d’où vous partez.
C’est important de faire ce point sur un sujet qui compte pour votre activité,
QU’en pensez-vous ?

