Dans la continuité des deux articles précédents, j’explore l’intérêt d’une méthode de développement de l’intelligence collective, le codéveloppement professionnel. Je vais dire rapidement ce que c’est, puis analyser ce qui m’y semble intéressant, tant dans la méthode elle-même que dans son aspect « facilitation ».

Le codéveloppement professionnel, qu’est-ce que c’est ?

Le principe est très simple, on prend un groupe (6 à 10 personnes) de gens qui se connaissent ou pas, ils travaillent ensemble environ 3h avec l’aide d’un animateur (facilitateur) et ils produisent des résultats « magiques » selon les uns, « addictifs » selon les autres !

Imaginons que notre groupe comprend 8 personnes. La méthode va se dérouler ainsi :

  1. choix du sujet de la séance. Tous ceux qui le souhaitent proposent un sujet, qui correspond à une problématique qu’ils souhaitent résoudre dans le cadre professionnel. Un sujet est choisi et celui qui l’a proposé devient « client». Les 7 autres deviennent « consultants ».
  2. Présentation du sujet par le client. L’animateur et les consultants écoutent sans interrompre. L’animateur intervient simplement pour gérer le temps.
  3. Questionnement. Les 7 consultants posent des questions au client. Leur objectif est de se mettre à la place du client, de bien comprendre ce qui fait l’unicité de son cas.
  4. Elaboration du contrat. L’animateur questionne le client pour qu’il définisse ce qu’il attend des consultants.
  5. Consultation. Le client n’a plus la parole. Il accueille les suggestions, ressentis ou « idées folles » des consultants.
  6. Synthèse client. Le client dit ce qu’il a retenu de la phase de consultation. C’est son choix à lui seul.
  7. Régulation. Chacun s’exprime à tour de rôle pour dire comment ça s’est passé pour elle ou lui, ce qu’il a appris et comment il a vécu les intéractions dans le groupe.
  8. Debrief. A la séance suivante, le client précédent expose s’il le veut ce qu’il a fait depuis la dernière fois.

Les résultats sont étonnants. Je n’en cite que quelques-uns (vous pouvez aussi consulter les témoignages de participants sur les sites indiqués dans les sources à la fin de cet article) :

  • Le client repart avec une vision clarifiée de sa problématique et une liste d’idées qu’il peut éventuellement appliquer ;
  • Le client est parfois tout ému lors de l’étape de régulation lorsqu’il dit sa gratitude aux 7 personnes qui l’ont écouté attentivement puis lui ont proposé des idées avec gentillesse et compréhension;
  • Beaucoup de consultants déclarent leur surprise d’avoir « appris au moins autant que le client» au cours de la séance.
  • L’animateur observe dès la deuxième séance que les participants ont acquis de nouvelles capacités de questionnement, d’empathie et d’écoute (la plupart du temps les participants ne s’en rendent pas encore compte) ;

J’ai dit ce qui me semble essentiel sur le codéveloppement professionnel. Durant la formation avec Fabien Rhodain (cf sources à la fin) et pendant les séances que j’ai déjà animées, j’ai énormément appris sur ce qui fait un(e) bon(ne) animateur/trice d’un groupe lorsqu’on veut privilégier l’intelligence collective. C’est cet apprentissage que je souhaite partager maintenant.

Je me suis sentie incroyablement bien dans la posture de facilitatrice

Je me suis inscrite à la formation de Fabien Rhodain dans le but d’apprendre à mieux animer. Je ne prévoyais pas du tout de faire du codéveloppement professionnel une activité à part entière, et je n’imaginais pas que ça allait remettre en cause fondamentalement ma manière de pratiquer mon métier en entreprise.

D’ailleurs, j’ai immédiatement apprécié le formateur et mon groupe de stagiaires, mais j’ai eu beaucoup de mal durant la première session de 3 journées. J’étais plutôt convaincue que je ne serai jamais à la hauteur et j’hésitais beaucoup à me lancer avec un groupe expérimental. Et puis j’ai vu ma collègue et amie Cécile Bonnet se lancer avec enthousiasme. Et je n’ai pas trouvé une seule raison valable de ne pas faire pareil… J’ai créé un groupe expérimental avec des chefs d’entreprise (certains que je connaissais et d’autres que je n’avais jamais rencontré).

Et dès la première séance, c’était magique !

J’ai réuni 6 chefs d’entreprise du Finistère, tous différents les un(e)s des autres (nombre de salariés, secteur d’activité, age, parcours, formation, approches du management, capacités d’écoute, de questionnement ou d’empathie, …). La plupart ne se connaissaient pas.

Le « client » a présenté son sujet puis tous ont cherché à questionner le mieux possible. Lorsque je « mettais ma casquette de consultante » pour poser une question, ils s’imprégnaient spontanément de ce « modèle » et allaient un peu plus loin dans leur quête d’empathie et de compréhension. La phase de consultation a été très riche pour le client, mais aussi pour les consultants.

C’est durant la phase de régulation que j’ai vraiment pris conscience de la magie du processus de codéveloppement professionnel. Sans déroger aux règles de confidentialité, je peux dire que ces 6 chefs d’entreprise étaient devenus proches l’un de l’autre, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. Et c’était surprenant de voir à quel point le client s’était senti en sécurité durant les phases, intenses, de questionnement et consultation. Et la personne qui la première a dit qu’elle avait énormément appris en étant consultante représentait la plus grosse entreprise, dont les bons résultats, sociaux et économiques, en font un modèle !

Ca m’a semblé incroyablement simple et confortable de faciliter cette séance. Contrairement à ce que l’on pourrait légitimement penser, je me suis glissée dans la posture de facilitatrice sans aucune difficulté et j’ai passé 3 heures intenses et heureuses.

Et ensuite, toujours plus agréable et facile !

C’est beaucoup plus confiante en moi que j’ai organisé une deuxième séance expérimentale. Pour corser les choses, j’ai proposé au groupe initial d’accepter que d’autres dirigeants de PME nous rejoignent. Ils étaient donc 9, 5 qui avaient déjà participé à la première séance (une personne a eu une obligation de dernière minute) et 4 « nouveaux ». Et c’était encore plus facile pour moi puisque les 5 « anciens » faisaient des interventions « modélisantes » pour les nouveaux. Je n’avais presque plus besoin d’animer !

Et depuis, j’ai de nouveau animé en formation, durant la deuxième session, avec toujours autant de satisfaction.

Ma position à ce stade

Je me sens très à l’aise dans le rôle de facilitatrice de codéveloppement professionnel. La méthode que je dois porter me plait énormément et je me satisfais pleinement de confier la responsabilité des contenus aux participants en ne conservant que la responsabilité du processus.

J’ai décidé de proposer des séances de codéveloppement professionnel en intra-entreprise et de poursuivre avec des dirigeants d’entreprise en inter. Bizarrement, j’ai mis du temps à prendre cette décision mais c’est fait : je me lance début 2017.

Pour conclure

J’ai finalement beaucoup parlé de moi dans cet article. Il faut quand même que j’ajoute que les participants aux séances  ont été enthousiasmés, qu’ils aient été client ou consultant.

Pour l’illustrer, voici trois témoignages, celui de Jean-Yves :

Chacun peut s’exprimer facilement grâce à la structure de la séance

celui de Marie :

Ce genre de réunions devrait être imposé aux dirigeants !!!!

et d’Elodie :

Beau moment de collaboration professionnelle

Et Thomas a dit pendant la phase de régulation d’une séance « on pourrait devenir accro à de telles séances ». Je suis bien d’accord !

Vous pouvez voir tous les témoignages sur la page Codéveloppement Professionnel : les témoignages.

J’ai aussi décidé d’orienter toute mon activité vers la facilitation. Je suis donc en train de développer une nouvelle méthode, qui me permettra de me positionner clairement en facilitatrice et qui sera plus orientée amélioration continue et innovation organisationnelle.   Mes clients pourront ainsi aller encore plus loin dans l’intelligence collective au service de la performance.

Sources d’informations complémentaires