On veut que ça change. Mais veut-on vraiment y aller ?

23 Juil 2026 | Lean et amélioration continue | 0 commentaires

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Une série pour chausser d’autres lunettes

Est-ce que vous êtes prêts à ce changement ?

C’est une question que je pose parfois au début d’une formation, ou d’une journée de travail avec une équipe.

La plupart du temps, tout le monde dit oui. Évidemment. On est là, on a bloqué la demi-journée, on a envie que ça avance. Mais « oui » dit comme ça, vite, presque par réflexe – ça ressemble parfois à autre chose. À un oui poli. Un oui de façade. Un oui qui dit « je suis là » mais pas forcément « je m’y mets vraiment. », un oui « social » aurait dit mon formateur de codéveloppement Professionnel.

Ce oui de façade, je le vois assez vite dans la salle.

Faire l’exercice, ou le vivre

Il y a ceux qui font ce qu’on leur demande. Proprement, correctement, sans faute. Et il y a ceux qui s’y mettent vraiment, qui acceptent de ne pas savoir encore, de tâtonner, de se laisser surprendre par ce qui remonte. La différence ne tient pas à l’intelligence ni à l’expérience. Elle tient à quelque chose de plus difficile à nommer – une disponibilité, un consentement à laisser quelque chose bouger en eux.

Et cette disponibilité, elle ne se construit pas seul. En coaching d’équipe, je vois souvent à quel point l’alliance dans le groupe compte. Si les participants ne se font pas suffisamment confiance entre eux, si chacun surveille ce qu’il dit, si personne ne veut être le premier à montrer une faille – on peut faire tous les exercices du monde, on avance peu. Le travail commence souvent là, avant même d’aborder le sujet pour lequel on s’est réunis.

J’en ai parlé récemment avec une amie, Isa, professeure de voix. Elle travaille avec des comédiens, des gens de cirque et des professionnels qui veulent mieux utiliser leur voix au travail. Des adultes, donc, avec leur histoire, leurs habitudes, parfois leurs résistances bien installées.

Elle appelle ça la générosité. Pas la générosité au sens de donner aux autres – mais se donner soi-même à l’exercice. S’y engager avec la tête, le corps et le cœur. Ne pas faire une réponse scolaire, a minima, juste pour cocher la case.

Et elle m’a dit quelque chose qui m’a arrêtée : « La générosité, on ne peut pas l’exiger. On peut juste créer les conditions pour qu’elle devienne possible. »

Et si on commençait par là ?

Isa a pris l’habitude, avant certains exercices, de poser une question à ses élèves. Une vraie question, pas une formule de mise en route.

« J’aide les gens à se débloquer. Mais j’ai besoin de votre accord. Est-ce que vous êtes prêt(e)s à le vivre ? Réfléchissez-y. Si non, demandez-vous si c’est la peur de sortir de votre zone de confort, ou si vous n’êtes vraiment pas encore prêt(e)s. »

Et elle attend. Elle laisse le temps de la réponse.

Récemment, un homme a répondu non. Pas un non de défi, pas un non excessif – un non réfléchi, assumé. Isa a accepté. Elle lui a posé quelques questions pour éclairer son choix, sans chercher à le convaincre. Dix minutes après, il revenait vers elle : maintenant il était prêt.

Ce qui m’a frappée dans cette histoire, c’est ce qu’elle dit sur le oui. Cet homme n’aurait jamais pu rebrousser chemin s’il avait dit oui trop vite, par politesse ou par pression. Le non lui a permis d’arriver à une position nuancée, réfléchie, véritablement choisie. Et c’est depuis cette position-là que quelque chose peut vraiment se passer.

Ce que je reconnais dans ma propre pratique

Cette discussion avec Isa m’a vraiment intéressée parce qu’elle venait compléter des reflexions que je mène depuis quelques temps déjà. En groupe de supervision, on me dit « Tu veux à la place du groupe. Tu les protèges. Tu ne les laisses pas décider vers où ils veulent aller. » C’est vrai, c’est une de mes tendances – anticiper, faciliter, remplir le vide avant qu’il ne crée un inconfort. Avec les meilleures intentions du monde. Je me rends compte que parfois c’est au détriment de quelque chose d’essentiel : laisser les gens choisir vraiment s’ils préfèrent les inconvénients de la situation actuelle aux difficultés du changement.

Je travaille ça depuis un moment. Je vais encore mieux structurer ce moment : travailler avec le groupe sur les deux faces du changement. Pas seulement « qu’est-ce qu’on gagne à changer ? » – mais aussi « qu’est-ce que ça nous coûte de ne pas bouger ? » et « qu’est-ce que ça nous coûterait de bouger vraiment ? ». Pensez aux patrons d’un restaurant qui se plaignent que les clients viennent moins. Il faudrait rénover, installer une terrasse, mettre une climatisation. Mais pour ça, il faut fermer au moins deux semaines. Est-ce que le coût du changement justifie le changement ? Ou est-ce qu’on continue à se plaindre ?

Quand on déplie les deux côtés – la douleur de rester où on est, et la douleur d’aller ailleurs – la peur perd souvent de son opacité. Parfois elle se dégonfle. Parfois elle se confirme, et c’est tout aussi utile : on sait alors que ce n’est pas le bon moment, ou que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Dans les deux cas, on est sur quelque chose de réel, de juste.

Poser la question « êtes-vous prêts ? », ce n’est pas seulement utile pour eux. C’est aussi un acte pour moi. Me retenir. Faire confiance. Accepter qu’un non est une information précieuse, pas un échec.

Et en entreprise, ça donne quoi ?

Je ne dis pas qu’il faut organiser un rituel de consentement avant chaque réunion. Mais je me demande ce qui changerait si on posait la question plus sérieusement, avant de lancer un chantier d’amélioration, une formation, une nouvelle organisation du travail.

Pas « est-ce que vous êtes d’accord ? » – parce que là, tout le monde dit oui. Mais quelque chose de plus proche de ce qu’Isa fait : est-ce que vous êtes prêts à ce que ça bouge, y compris pour vous ? Est-ce que c’est le bon moment ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous retient, et qu’on pourrait nommer avant de commencer ?

Ce n’est pas une question de motivation. C’est une question de disponibilité intérieure. Et ça, ça ne se décrète pas. Ça se crée, souvent, par une exigence qui sait aussi être patiente.

Isa dit qu’elle vise l’excellence, progressivement. L’un n’exclut pas l’autre.

Va voir.

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